Aujourd'hui, j'ai donné mon dernier cours d'économie rurale en tant qu'enseignante-stagiaire. J'ai mis tant d'énergie, de temps et de moi-même dans ces leçons que je suis bien sûr contente d'avoir terminé cette aventure... Je suis tout de même un peu nostalgique, déjà. Je n'étais plus du tout stressée en arrivant en classe; je savais que c'était l'aboutissement de longues heures de préparation et de réflexion, et j'y trouvais même du plaisir...
Mais parfois, quand j'ai vu ces jeunes paysans assis, sans motivation, sans connaissance sur le monde qui les entoure, sans curiosité, j'ai eu peur. Je me suis dit qu'avant tous les facteurs extérieurs (OMC, ALEA, crise économique, politique agricole, coûts de production...), c'était bien ce facteur-là qui pourrait nous poser un jour problème: le facteur humain, celui qui pour moi, est à la base de tout. Alors ces jeunes, j'ai essayé de les secouer, de leur faire comprendre les dures réalités du terrain et des chiffres, de leur dire combien notre relation avec les consommateurs est importante, de leur ouvrir un peu les yeux sur le monde, agricole ou non, en somme...
C'est peut-être parce que je garde toujours cette même envie de me battre pour notre agriculture, de la défendre, de la faire vivre. L'envie de lui apporter mes idées, mon énergie. L'envie de ne pas baisser les bras, même quand les choses iront mal. Je dois l'avouer, j'aurais parfois voulu être à la place de mes élèves, et savoir que dans quelques années, je reprendrai la ferme de mes parents.
Mais moi aussi un jour, je reprendrai une ferme... Je ne sais pas quand, je ne sais pas où, je ne sais pas comment, mais c'est bien le dernier de mes soucis! Et je peux compter sur quelque chose que beaucoup de mes élèves ne semblent pas avoir: la passion, comme un feu qui brûle en moi à chaque instant et tient mon c½ur au chaud, quoiqu'il arrive.
Image: Saanen, avec Natacha, été 2009. Une belle escapade, à refaire :-)