Je m'en veux. Je suis là, jeune, en bonne santé, avec une bonne formation, une famille qui m'entoure et me soutient, des amis présents et toujours prêts à faire la noce, un copain qui fait tout pour que je sois heureuse. Et je traîne chaque jour cette foutue envie de pleurer, parce que justement, malgré tout, je ne suis pas si heureuse. Et là aussi, je m'en veux. Pourquoi est-ce que je n'arrive pas à me satisfaire de la relation qu'on a construite tous les deux? Pourquoi est-ce que quand j'y pense, j'angoisse à chaque fois? Pourquoi est-ce que quand je descends du train pour le retrouver, j'avale ma salive avec peine, comme un de ces héros de dessins animés qui se retrouverait devant un gros monstre aux canines acérées?
Lui et moi, ça avait pourtant commencé comme un conte de fées, avec des projets fous plein la tête, des points communs à n'en plus finir. Puis la réalité nous a rattrapés, enfin m'a rattrapée surtout... L'environnement dans lequel évolue notre couple m'angoisse et m'oppresse tellement que j'en ai un peu perdu de vue la petite étincelle du début. On a toujours dit qu'on surmonterait toutes les difficultés, ensemble, mais là, je ne m'en sens juste plus capable. Bien sûr que j'aime sa famille, mais je ne suis pas sûre que je puisse supporter encore bien longtemps les non-dits qui y règnent ni les altercations, souvent larvées mais néanmoins constantes. Pas sûre que je puisse rester longtemps la confidente de chacun sans que personne ne se soucie de mes difficultés à moi. Pas sûre que je sois la belle-fille idéale, qui vive dans l'appartement du dessus et travaille avec tout le monde sur la ferme, sans jamais faire un commentaire. Je voulais arriver à être cette fille-là, mais je dois aujourd'hui admettre que je n'y arriverai pas. Alors lui, pour nous sauver, lui, mon preux chevalier, il serait prêt à tout lâcher, cette ferme dans laquelle il a grandi, ses amis, sa famille, tout pour qu'on reconstruise ailleurs et autrement, ensemble.
Belle preuve d'amour, mais que je ne peux pas me résoudre à accepter. Le déraciner, ce serait lui faire subir ce que j'ai vécu durant cette première année passée à ses côtés. Exclu! On voit sur moi ce que ça donne, quelqu'un qui abandonne tout par amour et qui se perd en chemin.
Parce que oui, je me suis perdue. Et maintenant, je retrouve mon chemin grâce à un autre. Oh, rassurez-vous, fidèles lecteurs, il ne s'est avec lui rien passé que je puisse regretter. Simplement, une amitié qui débute et qui trouble, parce qu'on sait tous les deux qu'on pourrait vivre quelque chose de spécial. On partage des valeurs que je ne partage pas vraiment avec mon copain: une réelle passion pour la nature, un contact privilégié avec les animaux, un goût immodéré pour la liberté et les sommets. On parle des heures, on rit, je me sens légère avec lui, je n'ai pas peur. Par contre, j'ai honte. J'ai honte, parce que j'ai décidé de faire mon possible pour sauver ma relation actuelle, mais que j'entretiens aussi celle que j'ai avec cet autre. Parce qu'elle me fait du bien. Parce qu'elle a ce goût de liberté, de simplicité qui me manque. J'ai honte, parce que je me suis laissée séduire. J'ai honte, parce que mon copain est parfait. On me l'envie, on l'admire. Et moi, je pense à un autre, son opposé, nettement moins parfait, brut de décoffrage, qu'on peinerait, je le crains, à voir à mon bras.
Je vis un combat perpétuel entre ma tête et mon coeur. Ma tête me pousse à rentrer dans le rang, à ne pas baisser les bras, à me battre pour sauver une relation pour laquelle je suis sûre que mon copain fera tout. Mais est-ce cette vie-là que je veux ? Est-ce cette vie-là qu'il mérite? Est-ce que je vais me réveiller de ce cauchemar et à nouveau me sentir épanouie dans ses bras? Je le voudrais, je le voudrais tellement... Mais le temps qui passe ne semble pas vouloir m'aider.
J'aime tellement Amy MacDonald, parce que sa voix m'emplit d'un sentiment nouveau. Elle me transporte, me fait rêver. Je lui ai fait écouter hier, et il m'a dit "ah oui, l'instrumentation est bonne!". Un sourire triste, je lui ai dit que je ne parlais pas de perfection musicale, mais d'émotion... J'ai eu si mal de sentir qu'on n'entendait pas les mêmes choses, et j'ai frémi à l'idée que cela puisse être un signe de mauvais augure...
Vidéo d'Amy MacDonald, reprise de Bruce Springsteen... Parce que moi aussi, je danse un peu dans le noir...