Je savais que son arrivée dans mon coeur et dans mon quotidien nécessiterait que je commence à faire des compromis. Je savais qu'il avait plus d'envergure que moi, et que je ne pourrais plus toujours avoir raison.
Alors je me suis résignée à n'être un jour peut-être que la "femme de", une vraie paysanne, avec les mains noircies par la terre du jardin. Celle qui vivrait dans l'ombre. Puis j'ai compris que même cette place ne me reviendrait peut-être jamais...
"A la base d'une exploitation agricole, il y a un couple."
Parole de mon prof de comptabilité, qui ne sort plus de ma tête. Mes yeux ont tremblé à ces mots.
Ce soir encore, je suis triste. Je ne sais plus pour quels projets je dois me battre, ni vers quel idéal m'orienter. Je ne sais pas s'il me laissera un jour être celle avec qui il décidera. Je ne sais même pas s'il pense à ce "un jour"...
Je ne sais pas ce à quoi il pense. Il m'aime. Bien sûr. Mais a-t-il conscience que les angoisses dont je lui fais part ne tiennent pas du caprice? Voit-il que j'ai viscéralement besoin de savoir où je vais? Sait-il que je me sens comme étrangère à bon nombre de ses choix, et que cela me fait terriblement mal? Sait-il ce que c'est que d'être projetée dans une entité où tout est déjà défini?
Il m'a écoutée. Bien sûr. Pourvu simplement qu'il m'ait aussi entendue...

