Comme chaque année, je guette la sortie du Bauernkalender (www.bauernkalender.ch), non pas, comme mes collègues, dans le but de se rincer l'oeil, mais avec un regard critique sur ledit calendrier, regard de femme mais surtout d'agricultrice.
Je m'étais moi-même lancé le défi de poser ma candidature; après tout, une paysanne, et pourquoi pas moi, peut être attirante et soignée. Puis les calendriers se sont succédés, avec des images de moins en moins naturelles, à la limite du vulgaire et du bon goût (limite qui, meiner Meinung nach, a été largement franchie cette année!). Engagée sur de nombreux fronts, parfois relativement sérieux, je ne me voyais du coup pas franchement poser nue, lascive, sur un tracteur...
Ensuite, les portaits des jeunes femmes photographiées me font sourire; elles aident leur copain à la ferme, donnent le biberon aux veaux, mais sont à la base employées de commerce ou prof d'aérobic... Où est la vraie paysanne? On ne la verra jamais se pavanner en string sur du papier glacé, pas qu'elle n'en soit pas capable, non, mais plutôt qu'elle a l'humilité de travailler dans l'ombre. La vraie paysanne n'a pas le temps de courir les castings, car l'exploitation la réclame; les enfants, les bêtes, les cultures, le mari à remplacer, la compta à boucler, les marchés à préparer parfois... La fatigue, les traits tirés, le peu de temps à soi... Les heures de sommeil saccagées par les vêlages qui se compliquent, par les finances qui torturent... Ce sont ces sacrifices-là qui mériteraient d'être glorifiés, ceux-là mêmes qui nous façonnent ce corps tonique dont nous sommes fières. Où sont-ils les muscles des filles du Bauernkalender, façonnés par les sacs de 50 kg, les marques des barbelés sur une peau fragile, les brûlures du feu qu'on allume l'hiver quand toute la maisonnée est encore endormie, les coups de soleil que l'on prend en tracteur l'été? Rien de tout cela: du lisse, du parfait, du clinquant. La réelle beauté encore une fois mise à mal.
Une vraie paysanne doit souvent faire sa place dans le milieu, et ce n'est pas à coup de mini-jupes qu'elle y arrivera, mais par son travail, sa volonté et sa capacité de consensus.
Aussi jolies soient-elles, les filles du Bauernkalender ne portent pas les stigmates de tant de luttes et font oublier les réalités de la vie d'une exploitante agricole, quotidien peut-être pas très glamour mais ô combien épanouissant...
A nous, la relève, d'allier charme et efficacité à l'avenir pour redorer enfin le blason des paysannes...!